Camarades, une question…
Quand la révolution socialiste sera faite, toutes les oppressions auront-elles disparu ? Et l’oppression des femmes ne sera-t-elle qu’un mauvais souvenir ? Certains le pensent et diront que c’est une évidence. Nous, nous n’en sommes pas si sûrs.
L’oppression des femmes présente des points communs avec d'autres rapports de domination (oppression liée à la colonisation, oppression des homosexuels, etc.), mais elle a aussi ses spécificités. Le terme « spécifique » ne signifie pas qu’il s’agit d’une question « à part » qui doit être traitée par des « spécialistes » (tentation permanente de toutes les organisations, syndicats, partis, associations…).
Bien que liée au patriarcat (un mode de domination étroitement articulé au mode de production capitaliste), l’oppression des femmes présente des particularités et des mécanismes qui ne peuvent pas être expliqués par les autres rapports sociaux. Car quand on est femme, on est opprimé en tant que femme en plus d'être prolétaire, noire, lesbienne…
Encore et toujours, les femmes œuvrent dans la sphère privée et assurent 80% du travail domestique : aux hommes, les tâches ponctuelles, visibles et valorisantes, à elles, les tâches interminablement récurrentes et invisibles (ménage, vaisselle, soin des enfants...). Dans la sphère professionnelle, leur salaire est de 25 % inférieur du fait de l'inégalité de l'évolution de carrière mais aussi de moins 10 à 15 % par "pure" discrimination. Le temps partiel est la plupart du temps imposé et même s'il paraît choisi, ce choix est conditionné par l’absence de partage des tâches domestiques, l’insuffisance des modes de garde d’enfants ou tout simplement l'écart de salaire et la précarité, qui font qu'aller travailler coûte plus cher à la plupart des femmes que de rester à la maison. Et la majorité des chômeurs non indemnisés sont des femmes comme s’il y avait une tolérance sociale vis-à-vis du chômage féminin. Dans tous les cas, tout cela traduit un renforcement des rôles traditionnels et une remise en cause de l’autonomie des femmes.
Crise ou pas, en régression, les femmes le sont depuis quelques années dans leurs droits sociaux (à travail égal - salaire inégal), dans leur liberté à disposer de leurs corps (pilules peu ou plus remboursées, de moins en moins de médecins pour pratiquer l'avortement), et violentées dans les espaces publics et privés (tous les deux jours et demi, une femme meurt en France, victime de violences, contre 14 jours pour les hommes). A ces régressions s'oppose un discours public qui voudrait faire croire que les femmes ont gagné plein de choses (au point d'en déstabiliser certains, paraît-il (cf mouvement "masculiniste"), offensive d'un retour au patriarcat -via le religieux entre autres dont le capitalisme se sert allègrement). Sauf que la réalité sociale à y regarder de plus près dit l'inverse. Il est symptomatique qu’aussi peu de femmes soient présentes en politique, d’une façon générale et au sein du NPA en particulier. Les rapports sociaux de sexe sont une réalité et constituent un véritable enjeu de lutte.
Partant de ce constat, il nous faut construire un parti où cette question-réflexion-lutte des femmes soit présente et évidente pour l'ensemble des militants et des militantes. La commission féministe se propose donc de travailler en transversalité avec les autres commissions. Il suffit d'ailleurs de les évoquer en pensant à la place des femmes et du féminisme pour y sentir les différentes questions et enjeux : internationalisme, quartiers populaires, presse, santé, jeunes travailleurs, service d'ordre, éducation, commission technique, entreprises... Nous nous proposons donc d’intervenir dans ces différentes commissions et d'y proposer des informations, documents, éléments de réflexion ... Mais nous souhaitons aussi, et surtout, que tous les militants, au sein des diverses commissions et ailleurs, investissent ce champ de réflexion. Chacun(e) peut, sans être spécialiste de la question féministe, observer, analyser, agir dans son quotidien.
L'autre axe important -pour ne pas dire essentiel- de la commission féministe sera la formation : encore une fois, pour que cette question ne soit pas traitée à part, qu'elle soit évidente pour tout un et chacune, nous nous proposons de donner à tous et à toutes quelques connaissances et outils qui peuvent faire déclic et évidence. Des fois, il suffit juste de regarder l'histoire des femmes (qui s'écrit seulement depuis la fin des années 60) avec celle de l'histoire tout court (celle avec un grand H) et aussi les réalités économiques, sociologiques, philosophiques, rapports sociaux de sexe, de genre, de classe, de race. Dans l'actualité, quels enjeux politiques, quelles représentations des femmes (dans l'espace public, les arts par exemple, etc...), les luttes, avancées et reculs, les débats dans les mouvements féministes, le genre, le post-féminisme, les nouvelles technologies, etc... Les champs de débat et de réflexion sont vastes. Mais nous nous emploierons à rendre tous ces sujets accessibles via divers matériaux : livres, documentaires, œuvres sonores et audiovisuelles que nous restituerons sous la forme d'ateliers écoute/visionnage et/ou topo puis débats. Par ailleurs, chaque réunion de la commission débutera par 20/30mn de formation (sous les diverses formes que l'on vient d'évoquer) suivies d'une discussion d'environ la même durée avant d'attaquer nos formes d'interventions.
Les Assemblées Générales non-mixtes, au NPA, sont, d’après les textes votés en congrès, un droit. Puisque beaucoup d’entre nous n’ont jamais participé à ce type de réunion, il faudra concevoir les premières comme une expérimentation.
Les femmes, de façon globale comme dans leur vie quotidienne, sont opprimées socialement, économiquement et jusque dans leur chair, physiquement. Des AG où nous nous réunirons entre femmes sont à envisager comme un espace de parole où nous pourrons aborder ces différentes oppressions librement, en une parole différente parce que débarrassée autant que possible de l’intériorisation du jugement et du regard masculins. Les AG non mixtes sont aussi un lieu où les militantes que nous sommes pourront évoquer leur expérience politique, la façon dont la domination masculine peut perdurer, intériorisée ou pas, à l’intérieur du parti : nous pourrons aborder les difficultés spécifiques qui se posent aux femmes révolutionnaires.
C’est parce que nous vivons une expérience quotidienne de l’oppression patriarcale qu’il nous faut un espace pour en parler, et parce que toute domination ne cesse pas dès que la porte du local syndical ou politique est franchie, l’espace non-mixte est un lieu de débats indispensable. Des comptes rendus suivis de débats pourront êtres faits dans les cadres non-mixtes. Il s’agit de plus de poser des propositions et des perspectives concrètes : il s’agit de prendre en main notre propre lutte.
Car outre la prise de conscience que nous souhaitons en interne via nos interventions dans les commissions et les formations, nous travaillerons aussi dans les organisations et associations qui luttent pour le droit des femmes et essaierons d'impulser des campagnes féministes du NPA. Mais c’est au sein de ce parti, que nous voulons réellement révolutionnaire, qu’il est important que chacun et chacune se saisisse de la question.
La commission féministe 33
