C’est à un drôle d’exercice qu’ATTAC 33 a convié le PS, Europe Ecologie les Verts, le Front de Gauche et le NPA, le 14 novembre dernier à Utopia.
Plutôt que de leur demander un énième résumé de leurs programmes, leurs représentants étaient d’abord confrontés à un film, où Pierre Schoeller nous montre quelques jours de la vie du Ministre des Transports Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet), et de son directeur de cabinet Michel Blanc.
Quelle étiquette, Saint-Jean ? Dans quel gouvernement ? On ne le saura pas. On peut l’imaginer centriste dans un gouvernement de droite comme de « gauche ». Et pour cause.
On ne va pas vous raconter le film. Dans les gazettes, on s’apitoie parfois sur la « tyrannie de l’urgence », sur cette obligation médiatique de parler immédiatement quand on a rien à dire. « Ces évènements nous échappent, feignons d’en être les organisateurs ». Pour ça, le film ne nous apprend rien. Avec Sarkozy, on en est saturé. Une faillite de banque ? l’annonce de la mise à mort du capitalisme financier. Un viol ? un projet de loi, etc.
Non, ce qui est plus subtil dans le film, c’est de nous amener à comprendre que toute cette agitation politicienne, tout ce cirque médiatique, dont le rythme effréné est lié aux ambitions dérisoires d’individus coupés de la vie de 90% (au moins) de la population, a pour contrepoint l’avancée lente ou rapide suivant les opportunités, mais apparemment inexorable, des intérêts financiers des grands groupes capitalistes (en l’occurrence intéressés par la politique des transports).
« Je ne serai pas le ministre de la privatisation des gares », dira Saint-Jean tout au long du film... ou presque.
Et Michel Blanc incarne un haut fonctionnaire qui veut tenir bon pour que la politique ne se fasse pas à la corbeille, pour reprendre la formule osée de De Gaulle. Une idée de la politique réussissant à ne pas céder aux intérêts particuliers, même si ces intérêts ne sont pas en réalité oubliés : si Dassault en était mort, ça se saurait. Existe-t-il encore des Michel Blanc dans nos administrations ? Ils se sont peut-être perdus en route quand l’Ecole Nationale d’Administration est passée de Paris à Strasbourg.
Mais devant cet exposé rigoureux du fonctionnement réel de l’Etat au service du système, les représentants de la gauche de gouvernement n’ont guère été en mesure de nous annoncer le changement pour 2012 si leurs champions triomphaient : avec Rousset au gouvernement ce ne serait plus Vinci qui aurait la concession de la voie Tours Bordeaux qu’il a signée comme Président de région ? Le Front de gauche ferait le contraire de ce que le ministre PCF Gayssot avait fait aux Transports ? Eva Joly aurait les moyens de ne pas se coucher comme Voynet ?
La représentante du NPA a eu beau jeu de montrer qu’il faudrait plus qu’un bon bulletin de vote pour qu’une république s’installe qui mérite ce nom.
André Rosevègue

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