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Les anti-Sarkozy surveillés (Sud Ouest)

mercredi 16 novembre 2011

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Ils étaient environ 200 place de la Bourse hier à midi pour contester le discours du Président.

Par ISABELLE CASTÉRA (16/11/2011, 06h00)

Midi moins dix. A quoi reconnaît-on les prémices d’une manifestation anti-Sarkozy ? A la présence entêtante de quelques dizaines de CRS partout autour. Midi moins dix donc : les manifestants de la place de la Bourse se comptent sur les doigts des deux mains. À 100 mètres de là, Nicolas Sarkozy tient conférence sur la fraude sociale au Hangar 14, devant un parterre de gens triés sur le volet. Midi : les manifestants arrivent de tous côtés, par grappes, à vélo, en tram, à pied. Le mur des CRS s’épaissit.

« Le bataillon a augmenté, c’est la légion romaine ! » ironise un homme portant un drapeau Solidaires. « Bientôt il y aura plus de flics que de manifestants. Tout se perd. » Voilà Marie Bové, conseillère régionale écolo, elle arrive seule et traîne un drapeau vert. « Je suis choquée par cette mascarade médiatique organisée pour lutter contre la fraude à la Sécu !, lâche-t-elle. Quid de la fraude organisée par les grandes entreprises, soutenues par le gouvernement, qui vont créer des filiales avec leur siège social dans les paradis fiscaux et qui échappent au paiement des impôts en France. » Le ton est mis. Ils ne sont pas nombreux mais tous se disent « indignés » par « ce qu’est en train de dénoncer le Président. »

La manifestation gonfle de minute en minute. Beaucoup sortent du boulot et déjeunent d’un sandwich vite fait sur la place. Histoire de… « marquer le coup, rouspète Sylviane. On n’est pas nombreux, on ne savait pas qu’il y avait manif, tout s’est décidé au dernier moment. Sarkozy n’est pas le bienvenu à Bordeaux, il propose une lutte contre les pauvres, pas contre la fraude. »

On est encerclés

Alain brandit un drapeau. Militant pour le Nouveau Parti Anticapitaliste « contre Sarko et sa bande », il fulmine contre la présence « exagérée, dit-il, des bleus. Il y en a partout. De qui a-t-on peur ? Le Président s’en prend aux plus défavorisés, encore une fois. S’il veut faire des économies, pourquoi il ne commence pas par lui. 36 000 euros, le prix de sa chambre d’hôtel pendant le G20 ! Pourquoi n’est-il pas allé dormir à la Préfecture, il y a toujours une chambre pour le Président… »

Un groupe des jeunes socialistes de Gironde débarque sur la place, essoufflé. Ils promènent de petites pancartes de revendications. Pas contents. Ils viennent de se faire refouler par les services d’ordre devant le Hangar 14 où ils rêvaient donner de la voix. Raté. Sofiane, Trésorier des JSG ne se laisse pas abattre : « On veut dénoncer le discours de Sarkozy sur la fraude fiscale. Il poursuit sa stigmatisation vis-à-vis des plus démunis depuis 2007. Et puis ce dispositif de flics est dingue. On dirait qu’on est des criminels en puissance. »

Il y aura un simulacre de distribution de médailles, étouffé au milieu des discussions, des cris, des coups de trompette. Jean-Michel Mespoulède, représentant du Front de gauche en Gironde compte ses troupes. « On est dans une déclinaison de l’injustice sociale. Ce thème de la chasse aux petits fraudeurs de la Sécu, franchement… Je suis déçu que nous soyons si peu nombreux, ici, aujourd’hui, mais le secret a été bien gardé. Nous n’avons plus accès aux infos concernant les déplacements du Président, des ministres. C’est stratégique. » Un candidat à l’élection présidentielle 2012 émerge de la manif. Philippe Poutou, l’anticapitaliste, qui appelle à « la révolte ». À 13 h 30, la place est vidée.


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